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[La semaine infernale, Frédéric Jannin] Genesis en 73, comme si vous y étiez

The 2008-05-01 at 08:00 by Eddy. In La Semaine Infernale.

J’ai passé une drôle de soirée, il y a quelques semaines. Je ne peux vraiment pas garder ça pour moi. Ne fût-ce que pour me justifier, comprendre exactement ce qui s’est passé. Voilà. J’ai été invité en 1973. Non, j’rigole. Il y a quelques semaines, j’ai été invité à assister à un concert de 73, d’un groupe (1) qui reproduit avec une fidélité maniaco-dépressive la tournée “Selling England by the Pound” de Genesis en 1973 

J’avoue sans gêne que j’appréhendais quelque peu ce genre de soirée. On peut se demander quel est le point. What’s the point ? Qu’est-ce qui peut amener des musiciens à reproduire minutieusement un concert pop d’il y a près de 35 ans ? Franchement. D’où mon appréhension. Il faut rappeler que je suis de la génération qui a senti le besoin pressant de renier en bloc toute la musique qu’elle vénérait - à savoir ce rock progressif parfois grandiloquent et ambitieux - et ce pour ne pas se faire casser la gueule par les punks. On n’a pas vraiment connu la guerre, et du coup on a dû s’en inventer, avec l’invasion de cette vague punk qui avait pour but essentiel de ratiboiser tout sur son passage. No future, qu’ils disaient ! Aujourd’hui, ça fait bizarre, même si c’est pas toujours tout à fait faux. Donc, il était de bon ton de dénigrer les idoles au pouvoir, de cracher avec mépris sur tous les supergroupes rock en vogue au milieu des seventies. Mais pourquoi je vous fais mon Jo Gerard du rock, moi ? On n’est pas sur Classic 21, que je sache…

Bon. Donc je redoutais ce concert plutôt nostalgique, j’avais un peu peur de me retrouver au milieu d’un meeting des derniers poilus, débarquant avec leurs vieux habits poussiéreux sortis des greniers. Je m’attendais à rencontrer tous les ex-vieux babas survivants, venus célébrer, commémorer, se recueillir devant un concert de 73. Ben non. Faut pas croire. C’était géééénial !

Les musiciens avaient pris soin de reproduire un concert bien précis, tip top, sans la moindre double croche de changement. Même le blabla de l’imitateur de Peter Gabriel était à la voyelle près ce qu’il avait raconté au public “en français dans le texte” à l’époque. Et je vous assure qu’au bout de trente secondes, il était quasi impossible de ne pas voir les vrais Peter Gabriel et Phil Collins, je le jure sur la tête de Laurent Gerra. Le soin quasi chirurgical d’être fidèle au light show et à la projection de dias y était, même les musiciens s’accordaient entre les titres, ce qui est superflu aujourd’hui, avec les nouvelles machines. Diiiingue ! Donc, ça marche ! La magie passe les 35 ans ! D’ailleurs Peter Gabriel est venu lui-même les voir, avec ses enfants. “Regardez ce que papa faisait quand vous n’étiez pas nés !” Et il a reconnu que c’était mieux interprété. Ah, ils ont eu 35 ans pour répéter, alors qu’à l’époque, les morceaux avaient à peine trois mois d’existence.

Je ne vais pas refaire de la retape pour Classic 21, mais ceci prouve qu’effectivement, le rock rejoint quelque part le classique… “Euh, moi, Chopin, je suis désolé, mais si c’est pas lui qui joue, ça m’intéresse pas, hein.” “Tu te rends compte qu’il y en a qui osent reprendre du Mozart, copieurs, dis !” A la sortie, génération oblige, j’ai dû avouer que mes yeux rouges n’étaient pas dus aux fumigènes et j’ai croisé Marc Isaye qui, lui aussi, avait bousillé quelques Kleenex. Comme quoi ce qui compte, finalement, quel que soit le genre, c’est que ce soit bien. Nous voilà encoooore et encoore tributaires du bien et du mal ! Si c’est bien, c’est OK ! Si c’est mal, faut pas y aller. C’est simple. Et là, franchement, c’est bien. Allez-y, c’est une expérience formidable !

“The Musical Box performs Genesis”, en tournée un peu partout. (www.themusicalbox.net)

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