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[La semaine infernale, Juan d'Oultremont] La Valda de l'abbé

The 2008-06-15 at 19:54 by Eddy. In La Semaine Infernale.

L’idée même «d’avouer» est un concept si peu à la mode, que le premier couillon qui crache sa Valda a tout de suite l’air d’un martien. Un dépressif du genre lopette. Un associable. Un écolo. Un réfractaire… En somme, un pas digne de faire partie de la grande communauté des hommes. Des vrais!

Il suffit de voir l’aplomb avec lequel certains s’acharnent à expliquer comment ils peuvent manger au restaurant quatre fois dans la même journée, pour se convaincre que le fait même de reconnaître ses erreurs semble une pratique un peu baveuse. Un manque de virilité contre nature.

Dieu sait si, moi-même, je suis un adepte acharné de la mauvaise foi, pourtant si ce que Michel Foucault appelait «la fonction de l’aveu » pouvait retrouver de son actualité, elle nous rendrait sans doute ce début de millénaire un peu moins rugueux.

De ce point de vue, il faut reconnaître que l’abbé Pierre sait y faire pour augmenter son crédit de sympathie. La vache! Que monseigneur Gaillot, avec ses yeux clairs à la Steve McQueen ait débarqué chez Fogiel pour avouer avoir eu une aventure avec Monica Bellucci, on aurait été qu’à moitié surpris. Mais l’abbé Pierre. L’homme le plus populaire des Français - juste après Nicolas Sarkozy… C’est Soeur Emmanuelle qui a dû en faire une jaunisse de jalousie!

Au-delà de nous le rendre encore plus humain, on est en droit de se demander ce qu’il y a de plus jubilatoire dans la confession de l’abbé. Qu’il prenne à rebrousse poil les tendances les plus réactionnaires de l’Eglise Catholique? Il doit y avoir de cela, mais pas seulement. D’autant, que pour prévenir les foudres du Vatican, l’abbé leur aurait juré sur sa collection de DVD de Marc Dorcel qu’il n’avait pas utilisé de préservatif…

Est-ce la nature libidinale du dérapage? Le triomphe de l’amour incarné? Pour le dire autrement: est-ce que les révélations du fondateur d’Emmaüs auraient provoqué cet élan de bonheur généralisé si, plutôt que d’avoir punaisé une photo de Marie Madeleine dans son armoire de vestiaire, l’abbé Pierre avait reconnu avoir vendu quatre fois leur prix, les boulons du tunnel de Cointe? Ou pire encore, avoir lu en cachette le dernier Astérix? Non sans doute.

Serait-ce alors le caractère spontané de l’aveu qui nous touche? Si l’on se rappelle les lamentables tergiversations qui ont amené Bill Clinton à finalement reconnaître (contraint et forcé) s’être fait lustrer le téléphone rouge par Monika Lewinsky, on se dit en effet que le cri du coeur et le mea-culpa compulsif et sauvage tiennent tout simplement du sublime.

Et s’il fallait chercher ailleurs les raisons de notre jubilation. Dans l’hypothèse jouissive que s’il vit encore quelques années, le saint homme pourrait nous distiller quelques confessions supplémentaires. Je ne sais pas moi? Reconnaître avoir fumé des pétards au séminaire. Avouer avoir téléphoné pour que la grosse Magalie quitte la «Star Academy». Admettre avoir profité des émeutes de ses dernières semaines pour mettre le feu à la mobylette de Guy Gilbert… Nous on est partant pour tout, tant que l’émission de cet insalubre Fogiel ne lui serve plus de confessionnal.

Alors, bien sûr les bégueules tenteront de diminuer la portée du geste en l’expliquant par la prescription et la proximité de la mort. A ceux là, on rappellera que le vieux Pinochet, lui, continue à prétendre avoir passé à Walibi la journée du coup d’état. Et qu’à la veille de sa mort, Gilbert Bécaud n’a jamais prétendu admettre qu’il était une des catastrophes du XXe siècle… Non, l’âge n’a rien à voir… Longue vie l’abbé et merci pour ces aveux.

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