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[La semaine infernale, Gilles Dal] Abolissons St-Nicolas!

The 2008-05-01 at 08:00 by Eddy. In La Semaine Infernale.

Puisque nous avons célébré la St-Nicolas il y a quelques jours, permettez-moi de revenir sur la vénérable institution, dont je ne citerai pas le nom, qui a eu la brillante idée de supprimer les croix sur la mitre du grand saint.

On devine l’argument: une croix, c’est chrétien, et comme tout le monde n’est pas chrétien, il n’y a pas lieu d’affubler St-Nicolas d’une croix sur la mitre. Raisonnement pour le moins stupéfiant, qui devrait impliquer, en toute logique, la suppression du mot «saint» précédant le prénom «Nicolas»... saint, en effet, c’est catholique; or, tout le monde n’est pas catholique!

Pourquoi, alors, ne pas célébrer, chaque 6 décembre, Nicolas? Un grand bonhomme à la barbe blanche vêtu de rouge, affublé d’une mitre et d’une crosse, qui continuerait à donner des bonbons aux enfants, mais qui ne serait plus un saint; qui s’appellerait tout simplement Nicolas: en voilà une excellente idée!

En même temps, Nicolas, c’est un prénom judéo-chrétien… est-il donc indispensable de donner un prénom judéo-chrétien au grand bonhomme à la barbe blanche, quand on sait qu’un grand nombre d’enfants de la planète vivent dans des pays qui n’ont pas connu d’influence judéo-chrétienne, et qu’il n’y aucune raison qu’ils n’aient pas droit, eux aussi, à une fête le 6 décembre? Ne soyons pas frileux, après tout; ne vivons pas repliés sur nous-mêmes! Organisons donc, chaque 6 décembre, une grande fête des enfants du monde entier, sous l’égide d’un bonhomme avec une barbe blanche, qui offrirait des cadeaux et des friandises aux petits garçons et aux petites filles!

Cela dit, pourquoi organiser cette fête le 6 décembre? En maintenant cette date, nous resterions sous l’emprise du calendrier chrétien! Sans doute serait-il donc préférable de débaptiser le mois de décembre, dont l’appellation, en plus, n’est jamais qu’une convention datant de l’empire romain… et puis, le chiffre «6», tel que nous l’écrivons, est d’origine arabe; pourquoi ne pas trouver un mode d’énumération qui serait spécifiquement belge? Ce serait une bonne manière de rendre la Belgique populaire dans le monde entier!

Donc: maintenons l’idée de cadeaux aux enfants à une date qui reste à déterminer, par un bonhomme dont le nom reste à définir.

Enfin, des cadeaux… est-il vraiment judicieux d’habituer les enfants, dès le plus jeune âge, aux vices de la société de consommation? Ne serait-il pas plus sain d’organiser de grands chants enfantins autour d’un feu en l’honneur d’un grand bonhomme à la barbe blanche?

En même temps, une barbe… à l’époque des fondamentalismes et du terrorisme planétaire, on connaît la valeur symbolique de la barbe! Tous les barbus ne sont pas des terroristes, c’est certain, mais on n’est jamais trop prudent… et puis, ce n’est pas pour dire, mais Claude Despiegeleer est barbu… en plus, une barbe blanche: à l’heure où la balance démographique penche de plus en plus du côté des aînés, et où des fonds de pension américains contrôlent des pans entiers de notre économie, est-il judicieux de sous-entendre que seuls les seniors sont dignes de respect?

Au moment où je pose cette question, je me dis qu’il n’y a vraiment pas de raison non plus pour que la personne célébrée par les enfants soit un homme: ne serait-il pas temps de sortir de cette tradition sexiste, et d’enfin laisser à une femme le bonheur de susciter l’enthousiasme des petits enfants du monde entier?

Et puis franchement, l’idée d’organiser une fête… quand on pense à tous les malheurs qui jalonnent la planète, organiser une fête, est-ce vraiment de bon goût? Ne serait-il pas préférable d’éduquer les enfants avec des valeurs moins frivoles? Des enfants qui jouent, qui s’amusent, qui ne pensent qu’à se divertir, est-ce vraiment une bonne chose? Et si, à la place de leur offrir des cadeaux, on leur faisait visionner des films sur les différentes horreurs qui ont accompagné l’humanité depuis la nuit des temps?

Nous abandonnerions ainsi enfin cette odieuse tradition de la St-Nicolas, mélange, comme on vient de le voir, d’obscurantisme religieux, d’apologie du terrorisme, de mépris de la jeunesse, de sexisme, de goût décadent pour le divertissement, et en plus de mépris pour les personnes de petite taille: eh oui, on dit le «grand» St-Nicolas… comme si être grand était une qualité en soi! S’agit-il vraiment de valeurs à inculquer aux enfants dès le plus jeune âge?

Je propose donc, pour toutes ces raisons, chers amis, l’abolition de la St-Nicolas.

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